Dit-on sellière ?

02-10-2008

L’atelier sellerie-bourrellerie de la Garde Républicaine, situé à la caserne Vérines, place de la République, n’a jamais compté dans ses rangs de femmes selliers-harnacheurs avant l’arrivée du garde Anne Pinon. Surtout, si vous la rencontrez, ne l’appelez pas « sellière », car le garde n’aime pas la féminisation de ce mot !

J ’ai été affectée à l’atelier sellerie-bourrellerie de la Garde Républicaine en juillet 2007. J’avais pris soin de préparer mes collègues artisans à mon caractère pendant les dix-huit mois où j’y fus gendarme adjointe. J’ai toujours désiré être sellier à la Garde ou au Cadre Noir de Saumur (49) car j’aime travailler le cuir avec des outils en bois, à l’ancienne. Après mon bac en Technologique-Génie-Mécanique, j’ai passé un certificat d’aptitude professionnelle (CAP) de sellier-harnacheur par alternance. Mon maître d’apprentissage était spécialisé dans les courses de galop plat. Tout en conduisant ma formation professionnelle, j’ai découvert grâce à mon intégration dans la réserve, ce qu’était la Gendarmerie. J’ai été conquise tout de suite par cette institution. Mon CAP en poche, j’ai tenté d’intégrer l’école de sous-officiers. A défaut de réussir lors de ma première tentative, on m’a proposé de devenir gendarme adjointe. J’ai accepté et suis entrée à l’école de Montargis (45). C’est là que j’ai découvert l’existence d’une place de GAV à l’atelier sellerie-bourrellerie à la Garde Républicaine. Tirant profit de mon CAP, j’ai pu obtenir la compétence particulière et postuler avec succès à la Garde. Direction Paris !
PARIS 4e - Métro "Bastille" ou "Sully-Morland".


Affiche des portes ouvertes

 

A vrai dire, j’avais peur de perdre mes espoirs fondés sur la tradition et l’artisanat,... et d’être contrainte au travail à la chaîne et à la rentabilité, à la quantité plutôt qu’à la qualité. Or, quelle ne fut pas ma surprise ! Les machines de 1933 fonctionnent toujours, pour mon plus grand plaisir. La selle d’armes continue d’être confectionnée comme autrefois. Seuls les artisans qui m’entourent sont d’époque actuelle ! Durant ces dix-huit mois, j’ai découvert un monde tout à fait singulier. Le seul endroit en France à pouvoir et à savoir fabriquer la selle d’arme modèle 1874 avec son harnachement.
Quel bonheur !

Deuxième tentative pour intégrer l’ESOG et devenir sous-officier de Gendarmerie. Cette fois, c’était la bonne. J’ai rejoint l’école de Châteaulin (29). Les dix mois de formation se sont déroulés trop vite. J’ai apprécié l’esprit militaire, omniprésent. Le stage sur les plaines de Saint- Gildas et la semaine à Saint-Astier n’avait rien d’un pélerinage mais demeurent, en fin de compte, de magnifiques moments, « 4 ! ». De plus, en école il n’y avait pas de différence entre les filles et les garçons. Sauf en sport ! J’ai donné le maximum pour finir bien classée. J’ai l’opportunité de choisir un emploi particulier de sellier-bourrelier.

Certains ont pu penser qu’il me serait difficile de m’intégrer en tant qu’unique femme à l’atelier. Il n’en a rien été ! Ancienne sapeur pompier volontaire, j’ai connu la reconnaissance des filles au nombre de tractions effectuées... Aujourd’hui à l’atelier, nous sommes tous les jours ensemble et autant dire que nous nous connaissons bien. Je suis une fille certes, mais je suis gendarme avant tout. Il est plus difficile de se faire à la hauteur des meubles qu’à l’ambiance. Je suis la plus petite de l’atelier et les tables de coupe, les plans de travail si vous préférez, sont un peu hauts pour moi.

L’équipe s’est sûrement remise en question avant mon arrivée. Une fille, alors qu’ils n’ont toujours vécu qu’entre « gars ». Mais j’ai fait un choix : celui d’un métier d’homme dans une institution militaire et il faut assumer. Cependant, leurs appels téléphoniques et leurs courriers pendant mon séjour à Châteaulin m’avaient bien fait comprendre, quand même, que je devais avoir une petite place de réservée, au moins dans leurs pensées...

Aujourd’hui - vous l’aurez compris - je ne donnerais pas ma place et ne changerais d’affectation, pour rien au monde. Le rêve de mes douze ans s’est réalisé. J’adore mon métier, la presse pour les quartiers de selle, la couture à la main, le véritable savoir du sellier. Dans vingt ans, je saurai...

A.P

 

 

 
Sources : crédit photos : GR-VPC




 

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